Affichage des articles dont le libellé est Nota Bene. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nota Bene. Afficher tous les articles

dimanche 5 juin 2011

The Last Dragonslayer



Jasper Fforde avait déjà fait parlé de lui pour son octalogie (prévue) basée sur le personnage de Thursday Next, une détective littéraire qui aime à se balader dans les livres. En 2011, il revient avec une autre héroïne, de 16 ans cette fois, nommée Jennifer Strange.

Jennifer est orpheline, élevée par les sœurs de l'ordre sacré de la Dame du Homard, et sous contrat avec la société de magie Kazam dont elle est la directrice depuis la disparition de Mr Zambini. Elle doit gérer la paperasse de la magie réglementée par de nombreux formulaires, les déboires des employés magiquement dérangés et son nouveau statut de last Dragonslayer dont la destinée est toute tracée, selon Maltcassion, le dragon de ce premier volet. Elle est entourée de plusieurs acolytes, plus ou moins fidèles, et d'un quarkbeast, une bête aussi féroce qu'amicale. Par-dessus le marché, elle va devoir faire face aux affres politiques du Roi Snodd, qui veut tirer profit de la fameuse prophétie pour agrandir son royaume au sein du Royaume-Désuni d'outre manche.

Pas aussi drôle que les Thursday Next, mais cette nouvelle série de romans s'adressent à un public plus jeune, un peu comme Neil Gaiman avec son Graveyard Book. Néanmoins le mélange monde contemporain-magie est différent des autres fois. La magie n'est plus quelque chose de fantastique et à moitié imaginaire, mais fait partie du quotidien et est réglementée. C'est tout de suite beaucoup moins glamour. L'histoire est très intéressante, avec une fin où on se demande ce qui va bien pouvoir se passer maintenant, et j'ai hâte de lire la suite. Ça ferait un bon film encore une fois!


mardi 5 avril 2011

The Strange Case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde



  • Un peu de contexte
Tous les ans à la période de Noël, les journaux anglais publiaient des « Christmas Crawlers », des nouvelles ou novellas aux histoires sombres, tel que le célèbre « A Christmas Carol » de Dickens. A l'époque du moins, Noël était associé au surnaturel et aux histoires d'horreur, un thème imposé et prolifique pour tout auteur. En 1885, par manque d'argent, Robert Louis Stevenson imagina The Strange Case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde. Mais par un concours de circonstances, l'affaire fut publié plus tard.

  • L'histoire en elle-même
Dr Jekyll et Mr Hyde sont connus de tous. Même si le roman n'a pas été lu, tout le monde sait de quoi il retourne. Toutefois, je n'ose pas dire de quoi il retourne exactement. Le plus dur quand on lit cette histoire, c'est de jouer le jeu du lecteur naïf qui ne sait pas réellement qui est cet étrange Edward Hyde. Le lecteur suit Mr Utterson, un avocat et ami de Henry Jekyll, qui est plus qu'intrigué par ce Hyde dont tout le monde parle et qui, par dessus tout, est nommé héritier de Jekyll. S'ajoutent à cela des témoignages de la conduite ignoble de Mr. Hyde. Utterson jouera donc les détectives afin de lever le voile sur les agissements du premier, et de protéger son ami Jekyll, intimement lié à tout cela. Du mystère en masse et des révélations très attendues par la main de Jekyll lui même dans le dernier chapitre.

  • L'écriture de Stevenson
En anglais en tout cas, il est assez difficile de s'adapter au style de Stevenson, qui utilise un vocabulaire spécifique et pas toujours très usité. Heureusement on s'habitue assez vite, cela pour, au final, une meilleure immersion dans le roman. Comme je l'ai dit plus haut, on suit un personnage en particulier, Mr Utterson. Sa vision est donc limitée, tout comme celle du lecteur. Celui devra se contenter de suivre les pistes et les hypothèses de l'avocat. La relecture, comme dans toute histoire de détective ou d'apprenti détective, permettra au lecteur de voir les indices parsemés par Stevenson tout au long du récit. Dans le même style, Lolita est une merveille. Mais ce n'est pas tout, l'auteur mélange les points de vue et les genres. Ainsi, le fantastique se mêle aux prémices de la science-fiction (après tout, Jekyll expérimente aussi).

  • Les thèmes
Plusieurs thèmes s'entrecroisent dans The Strange Case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde, tels que la duplicité, la répression de sentiments et voire d'une personnalité, ou les apparences. Mais j'en ai déjà peut être trop dit.

  • Petit avis personnel
On connaît tellement l'histoire que, d'une certaine façon, il est très difficile de faire en sorte d'être naïf. Pourtant, même si l'histoire est classique, le passage par l'original est indispensable, surtout que Stevenson mélange les narrateurs et les points de vues. Au final, ce petit roman n'est pas si anodin et mérite qu'on s'y attarde un peu.

dimanche 20 février 2011

Carmilla



Même si « officiellement » le gothique s'arrête dans les années 1820, Carmilla (1872) reste dans la vaine de cette tendance et ça se voit tout de suite. Carmilla ne déroge pas à la règle : château, contrée lointaine, forêt ou jeunes filles resplendissantes, voici les caractéristiques de la littérature gothique que l'on peut retrouver dans cette novella (petit roman). Le fantastique est d'ailleurs largement influencé par le gothique, l'époque victorienne n'est en rien un obstacle, les caractéristiques sont juste déviées. Le fantastique est en fait un genre hybride qui prend ses ingrédients dans différents courants.

La 'narrative frame' (le prologue ici) rappelle ce que plus tard Henry James utilisa pour sa propre novella, The Turn of the Screw, pour introduire le récit d'un narrateur féminin qui raconte sa mésaventure. Lequel narrateur dans Carmilla demeure extrêmement naïf et qui, malgré un récit rétrospectif, a gardé son âme de jeune fille.

Le Fanu abuse un peu du procédé « rise of expectation », qui consiste à créer un sentiment d'attente, de suspens de la part du lecteur, lequel voit repoussé à plus tard certaines parties de l'histoire. Ces parties (ou révélations en l'occurrence) ne sont au final pas si exceptionnelles. Les phrases telles que « mais je ne vous en parlerai pas tout de suite » sont lourdes et ne peuvent qu'irriter la curiosité du lecteur au lieu de l'exciter.

Évidemment, il y a le grand thème du lesbianisme qui a été vu en long et en large. Il est assez clairement étalé pour qu'on ne s'attarde pas sur le sujet. Ce n'est pas là pour faire sensation mais bien pour ajouter une part de charme, d'envoûtement au texte. L'histoire aurait peut être même été encore plus intéressante, et plus fantastique, sans la révélation de l'existence des vampires. Finalement on ne se pose plus de questions alors qu'on aurait pu mettre plus en tension le lecteur s'il avait été laissé dans le flou quant à la réelle identité de Carmilla. Même si celle-ci ne fait aucun doute, le fait qu'on y mettre un label nous éloigne de l'ambiguïté qui persistait précédemment dans l'histoire. Les peurs de Laura (le narrateur), ses rêves, étaient peut être plus intéressants quand on ne savait pas à quoi s'attendre (le lecteur implicite, parce que oui, nous autres lecteurs du 21è siècle, savons) On reste cependant dans le doute concernant l'identité de la mystérieuse destinataire de la lettre/manuscrit. Maladresse de l'auteur? Peut être, une note du traducteur explique les maladresses et les contre-sens du récit.

En ce qui concerne l'intertextualité de la novella, notons une référence à la comtesse Élisabeth Bathory, alias la comtesse sanglante. Hongroise du 17è siècle, cette femme fut condamnée pour meurtre (emmurée vivante dans son propre château). La légende dit qu'elle se baignait dans le sang de jeunes filles pour préserver sa propre beauté.

Au final, Carmilla ne laisse pas indifférent, on voit bien sûr quels éléments ont influencés les auteurs postérieurs à Le Fanu mais un retour au sources ne fait jamais de mal.



lundi 7 février 2011

Amour et érotisme dans la sculpture romane



Les miniatures qui décorent les églises n'ont l'air de rien au départ, et puis on les regarde d'un peu plus près. Notre regard les passe en revue et soudain il s'arrête. On se dit que quelque chose cloche, peut être a-t-on mal vu. Non, c'est bien deux personnages qui s'accouplent, sculptés sur une église. A partir de là les questions fusent, et Pierre-Louis Giannerini est là pour tenter d'y répondre dans son essai sobrement intitulé Amour et érotisme dans la sculpture romane. Son but n'est pas de donner des réponses mais bien de nous faire porter un nouveau regard sur le Moyen-Age et les mœurs de l'époque. Au travers de chapitres bien définis, l'auteur passera en revu les points essentiels – avec son bagage d'historien – pour essayer de faire comprendre au public la présence des ses figures particulières. 
 
L'écriture de Pierre-Louis Giannerini est simple, un savoir préalable n'est pas (toujours) nécessaire à la bonne compréhension de l'essai, ce qui est plutôt une bonne chose pour les néophytes. Tout son essai est incrusté d'extraits de la Bible, de chants ou d'autres ouvrages historiques. On retrouve aussi de façon incontournables des photos ou dessins de ces fameuses sculptures. Je trouve dommage cependant que ces photos ou dessins ne soient pas mieux exploitées par des explications plus précises par exemple. Elles sont cités comme références aux textes mais dans certains cas on ne voit pas en quoi justement elles illustrent le passage en question. Ce serait le seul bémol que je trouverai à cet ouvrage qui est après tout très intéressant et très enrichissant. On apprend des choses étonnantes sur les mœurs du clergé, ou la vision de la sexualité à travers les siècles, ou encore de l'influence des pays lointain. Imaginez les moines en « conseillers sexologues » ou des messes où le silence était inconcevable!

Ça vaut le détour, merci à La Louve éditions, à M. Giannerini, à Nota Bene.



dimanche 18 juillet 2010

Ne vous fâchez pas, Imogène! / Imogène McCarthery




C'est dans les années 1960 que Charles Exbrayat se mit à écrire des romans policiers humoristiques. De ces écrits naquirent le personnage Imogène McCarthery et sept de ses aventures (de 1959 à 1975). Il faut tout de même admettre que c'est un sacré phénomène cette Imogène !
Célibataire endurcie dans la cinquantaine à la chevelure rouge distinctive, Imogène est surtout écossaise, descendante du célèbre clan des McGregor. Au vu de son fort patriotisme, elle est extrêmement fière de ses origines et méprise tout ceux qui ne sont pas de son pays! Elle n'a d'yeux que pour son défunt « Daddy », le capitaine Henry-James-Herbert McCarthery et Robert Bruce, héros de l'indépendance, devant lesquelles elle se fait un devoir de vouer un culte chaque matin. Cependant, Imogène a dû s'exiler à Londres. Elle y est ainsi secrétaire au sein de l'Amirauté. Bien entendu, c'est une employée qui ne passe pas inaperçue et elle est la terreur de son chef de bureau. Parce que oui, Imogène ne se laisse pas marcher sur les pieds et Imogène n'a pas peur de dire ce qu'elle pense, surtout face aux Anglais ou aux Gallois! Elle s'énerve vite, d'où le titre du roman, qui est un leitmotiv tout au long de la narration : « Ne vous fâchez pas Imogène! ».
Alors qu'elle pense à un licenciement, c'est une promotion qui l'attend dans le bureau du grand patron sir David Woolish qui va lui confier une mission secrète de la plus haute importance. Direction Callender, son visage natal où elle devra faire parvenir les plans du Campbell 777 à sir Henry Wardlaw. On ne peut plus simple, ou presque. Parce que bien sûr rien ne sera aussi facile. Bien sûr, les plans lui seront volés et commencera alors une traque sans précédents. Imogène devra faire face à l'autorité, l'incompétence et la non-coopération des constables Archibald McClostaugh et Samuel Tyler, qui la prendront réellement pour une folle, surtout qu'elle dérangera la tranquillité de la communauté. Ensuite, un trio de soit-disant écossais tourneront autour de l'apprenti agent secret qui seront pris tour à tour pour amoureux ou ennemis. En effet, un billet doux glissé subrepticement dans les affaires d'Imogène viendra chambouler son cœur, sa raison, et sa mission.

Tantôt paranoïaque, tantôt bernée, Imogène s'avèrera redoutable face à la communauté de Callender et face à ses ennemis. On ne peut que rire d'Imogène, ce n'est pas de la moquerie gratuite, mais une franche rigolade face une femme butée et évoluant dans un monde bien à elle. Outre l'aspect comique, le roman montre un réel dynamisme dans l'écriture, ce qui nous propulse d'autant plus dans l'intrigue et nous rend le mélange agréable. Le fil rouge de l'histoire, le « Ne vous fâchez pas Imogène! », est également très drôle car correctement exploité. La répétition de cette phrase n'est pas lourde, l'auteur n'en abuse pas et leurs apparitions sont toujours justifiées. Cela renforce d'autant plus l'aspect comique du roman.

L'adaptation cinématographique réalisée par Alexandre Charlot et Franck Magnier n'est pas très fidèle au roman en ce qui concerne la mission à Callender. Pourtant il est tout aussi drôle, voire plus, car Catherine Frot et Lambert Wilson sont magistraux  d'auto dérision dans les rôles d'Imogène et de Samuel. L'intrigue est donc simplifiée, l'intrigue « amoureuse » du trio est glissée entre Samuel et Imogène qui ont ici un passé commun. Et plus généralement, le rôle de Samuel est développé, ce qui somme toute était une bonne idée. J'ai réellement passé toute la durée du film à rire de ces personnages.
Imogène est clairement décalé. Elle vit dans son monde, à part. Elle me rappelle un autre personnage littéraire et cinématographique : Hubert Bonisseur de La Bath qui n'est autre que que l'OSS 117. Si la ressemblance dans les romans n'est pas éclatante, elle l'est du moins dans les films. Imogène est Hubert sont semblables dans l'amour porté à leurs patries, et par les situations rocambolesques qu'ils entrainent. On rit de leurs maladresses et de leur aveuglement dans des situations si évidentes pour nous autres spectateurs. Dans les deux cas, je suis attendrie. Encore une fois, livres et films ne peuvent finalement pas être comparés. Ils sont en même temps différents et unis par l'agréable moment qu'ils nous font passer.

Un petit extrait du film trouvé sur son site officiel :



lundi 14 juin 2010

La Châtelaine de Vergy





Voici ma petite présentation de La Châtelaine de Vergy après la lecture des trois différentes versions proposées dans la version de Folio, parmi la vingtaine apparemment existante. Il m'est très difficile de parler d'une œuvre accompagnée d'un contexte qui m'est certes connu mais dont je n'ai, je pense, que beaucoup de clichés. Ce sera donc assez naïvement que je parlerai de La châtelaine de Vergy. Je ne me suis malheureusement pas intéressée à l'aspect historique de ses réécritures, je laisse ceci à notre spécialiste! C'est plus de ma perception de l'histoire, de chaque écriture, dont je vais parler.
L'histoire est assez simple. Un chevalier et la dame de Vergy s'aiment en secret depuis des années. La duchesse du domaine désire le fameux chevalier mais quand il se refuse, elle cherche à amadouer son duc de mari pour se venger. Sauf que le duc n'est pas si crédule pour l'instant et demande des explications au chevalier qui est, surtout, un ami. C'est alors que le chevalier sera obligé de livrer, même en toute confiance, son secret au duc. La duchesse, offusquée, force son époux à la mettre également dans la confidence, ce qui déclenchera le plan de vengeance et la perte des amants.
La Châtelaine de Vergy a, soyons extrêmement schématique, pour personnages principaux un gentil chevalier et une méchante duchesse qui veut un autre mâle dans son lit que le duc. Au final ce n'est peut être pas aussi manichéen, mais il y a tout de même de ça.

La première version est en vers, une traduction bienheureuse en français « courant » l'accompagne sur la page de droite. La seconde est en prose et signée Marguerite de Navarre, la langue contient quelques difficultés de compréhension mais rien de bien grave. La troisième, de Le Grand d'Aussy, est également en prose et présente une nouveauté. Seul le chevalier est singularisé par son prénom, Agolane.
Cette œuvre présente des caractères intéressants. La dame de Vergy est en effet d'après le titre l'héroïne mais c'est surtout ce que représente l'amour que lui porte le chevalier. C'est très beau en fait, le narrateur nous plonge dans les pensées de chaque personnages et les moments consacrés au chevalier sont, je trouve, les plus émouvants. Ce n'est pas un homme qui pervertit ou courtise une dame mais c'est une femme qui se fait diablesse et ne peut accepter le rejet d'un homme, vertueux qui plus est. Il sait qu'il ne devrait pas se confier au duc mais l'idée de perdre sa bien aimée ne lui est pas supportable. Amitié, remords, fidélité, vengeance. Tels sont les thèmes de cette histoire. La parole du duc est assez surprenante, ce qui intensifie encore plus la fin, que j'aime beaucoup d'ailleurs. C'est également très émouvant La morale est bien mise en évidence, et c'est le but recherché par l'auteur.
Ma remarque va sûrement paraître très contemporaine mais j'ai été amusée de la façon que la belle a de mourir. Il n'y a que dans les fictions où l'on peut voir des femmes littéralement mourir de désespoir en dix minutes, chapeau. Moi, cynique? A peine.
Enfin, ma préférence va aux réécritures qui présentent une écriture plus riche. Cela dit, on perd la notion de conte qui se détache du manuscrit original. Pour la version en vers, on imagine très bien le troubadour conter cette histoire au détour d'un banquet.